Jean-Marc Waridel, cofondateur de l’association de développement durable ADED.

Né à Genève, The Drop est un robinet éco-sanitaire qui permet aux habitants des pays en voie de développement de se laver les mains en toute sécurité. Tout en économisant l’eau. Entretien avec Jean-Marc Waridel, cofondateur de l’association de développement durable ADED.

Comment est né le projet The Drop?

Jean-Marc Waridel: L’idée de ce robinet éco-sanitaire est née dans la tête de Patrick Houriet en 2009, lorsqu’il travaillait pour l’aide au développement, en Guinée Conackry. Son but était de mettre de l’eau à disposition pour le lavage des mains, partout où c’est nécessaire, de façon économique en eau et hygiénique.

Quelles étaient les contraintes?

Il a fallu trouver une solution regroupant 5 critères fondamentaux. D’abord, l’adaptabilité avec une facilité d’installation sur des bidons, jerricans et petits réseaux d’eau. Ensuite, de la simplicité avec un produit robuste et très aisé d’utilisation, y compris pour le remplissage et l’approvisionnement en eau. Ainsi que la possibilité de l’installer partout où l’adduction d’eau est absente. Il devait également être durable avec plus de 70% d’économie d’eau pour un lavage des mains par rapport aux robinets standards et traditionnels. Mais aussi hygiénique grâce à un autonettoyant et un contact réduit. Sans oublier économique financièrement pour faciliter une large diffusion, chaque modèle coûte actuellement 10 francs suisses.

Il a fallu ensuite concrétiser cette bonne idée pour la diffuser à large échelle…

Exactement. Ayant rencontré beaucoup d’enthousiasme à la présentation de The Drop, nous avons décidé d’investir dans l’ingénierie dès 2015. Il a fallu rechercher des fonds, fabriquer vingt prototypes usinés pour des tests et installer The Drop, en lieu et place des robinets standards, sur les stations de lavage des mains du projet de «Toilettes sèches ou à compostage» du Dr Seydou Niang de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar. Une vraie innovation mondiale et révolutionnaire était née! Les premières pièces ont été livrées cette année.

Le robinet permet une économie de 70% d’eau pour un lavage des mains.

Quels sont les prochains développements?

La première série de 15’000 robinets est destinée essentiellement aux ONG ayant des projets d’aide humanitaire et de développement: camps d’urgence, écoles, centres de santé, latrines, restaurants, cantines, stands de nourriture dans la rue, etc. Il n’y a donc pas de limite géographique pour la diffusion de The Drop et c’est ainsi que ce robinet éco-sanitaire est déjà présent dans les pays suivants: Guinée Conackry, Sénégal, Burkina Faso, Cameroun, Ghana, République démocratique du Congo, Madagascar, Equateur, El Salvador et Brésil, et partout ailleurs où il a été envoyé à notre insu! Ce robinet trouve également sa place en Suisse: campings, bateaux et campings car, containers de chantier, véhicules de service, chalets d’alpage, food-trucks, lieux de conférence, buffets et apéritif dînatoire, déchetteries, à l’extérieur lors de festivals, centres aérés, près de toilettes chimiques et sèches, peuvent trouver un intérêt à installer un tel robinet.

Comment le public peut-il vous aider? Financièrement? Vous recherchez des bénévoles?

Le coût total pour le développement et la production de la première série de 15’000 robinets est de 200’000 francs, que nous devons trouver d’ici le 15 octobre pour rembourser les emprunts d’argent. Des kits de 3 robinets ou plus, permettent à chacun de devenir un promoteur éco-sanitaires! A la manière d’un crowdfunding amélioré, nous sollicitons la générosité du public par le biais de commandes groupées dès trois pièces. L’idée est que le client-donateur achète des gouttes et les distribue lui-même au sein de son réseau de professionnels engagés sur le terrain humanitaire. Les petites gouttes font ainsi les grandes rivières. Nous allons aussi tenir des stands qui permettront aux visiteurs d’acquérir des gouttes et d’en donner une partie pour des projets spécifiques. Le projet cherche des donateurs, des sponsors et des parrains pour financer le démarrage d’antennes dans le monde, ce qui permettra la création de petites entreprises qui fabriqueront et installeront des stations de lavage des mains, tout en faisant la promotion de ce geste simple qui sauve des vies.

On entend souvent que l’eau va manquer ces prochaines années, vous partagez ce constat? Pourquoi?

L’eau coûte cher dans les pays subsahéliens et en particulier dans les zones urbaines où elle est vendue à la population dans des bidons de vingt litres par un réseau de distribution local avec des ânes et des charrettes. La population y consacre souvent jusqu’à un tiers de son budget. Effectivement, l’eau devient de plus en plus rare et précieuse.

www.aded-suisse.org