Martin Kernen, directeur adjoint de la société Planair.

Depuis plus de 30 ans, le bureau d’ingénierie Planair intègre le développement durable dans ses activités. Pour comprendre ce mariage entre innovation et vision, nous nous sommes entretenus avec Martin Kernen, directeur adjoint de la société.

Synergies: En 1985, lors de la naissance de Planair, vous souhaitiez déjà contribuer au développement durable, vous étiez des précurseurs?

Martin Kernen: Oui en effet, nous étions des précurseurs à la recherche de solutions moins gourmandes en énergie et moins polluantes. Il faut dire que les deux chocs pétroliers étaient récents et qu’en tant qu’ingénieurs, nous voulions contribuer à trouver des solutions concrètes.

Les mentalités ont évolué depuis, vous avez remarqué ce changement? Le développement durable est devenu évident.

A mon sens, il s’agit jusqu’à présent plutôt d’une prise de conscience, conscience que l’on vit dans un monde dont les ressources ne sont pas illimitées et qu’il faut donc les préserver. Pour le défi qui nous attend, il faut effectivement que tout le monde s’implique dans cette évolution pour que ça se traduise dans les faits. Cela passe par un changement de mentalité.

Quels sont les projets emblématiques réalisés par votre bureau d’ingénieurs?

On peut citer la villa de la famille Mathez à la Chaux-de-Fonds, villa datant des années 1980 qui était chauffée à l’électricité et qui, après assainissement, produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme! Un autre exemple est la réduction de 50% des frais d’électricité sur une installation industrielle de refroidissement de l’usine Isover à Lucens grâce à un dimensionnement adéquat des moteurs et pompes. Nous avons également établi, pour le compte des CFF, un concept de développement durable pour une vingtaine de gares en Suisse romande.

Et ceux en cours?

A Genève Aéroport, nous planifions les installations techniques du nouveau centre de tri des bagages. Un champ de sondes géothermiques permettra de contribuer au refroidissement des bâtiments en été et au chauffage en hiver. L’énergie stockée dans le terrain pendant l’été servira au chauffage en hiver! Un bel exemple d’utilisation rationnelle de l’énergie. Dans un tout autre domaine, nous planifions, pour le compte de la Banque mondiale, une installation solaire photovoltaïque sur un barrage au Pakistan. Cette technique, qui permet d’utiliser la surface du lac de barrage pour produire de l’électricité de deux manières, fait également l’objet d’un projet-pilote sur un barrage en Suisse. Cette réalisation montre l’importance de l’innovation technique dans le tournant énergétique.

A quoi ressembleront nos bâtiments dans vingt ans?

Les nouveaux bâtiments seront encore moins gourmands en énergie et en eau qu’actuellement et garantiront à leurs occupants un confort optimal. Une grande partie d’entre eux sera autonome ou même à énergie positive, c’est-à-dire qu’ils réinjecteront de l’électricité sur le réseau, par exemple pour alimenter la voiture électrique des occupants. Un autre défi réside dans l’assainissement des bâtiments qui recèle un immense potentiel de réduction. Nous comptons sur des avancées technologiques pour mettre en œuvre des produits permettant d’isoler les bâtiments tout en préservant leur qualité esthétique.

Les collectivités publiques ont-elles suffisamment pris conscience que le développement durable est devenu incontournable?

La grande majorité des collectivités publiques en ont pris conscience mais ne savent pas forcément par où commencer. C’est là que les démarches actuelles, en particulier celle de la Cité de l’énergie, sont intéressantes. L’accompagnement des collectivités publiques, la mise en place d’outils simples de suivi de performance, la possibilité de se comparer et la communication sont des moyens capitaux pour que cette prise de conscience se développe et aboutisse à des actions concrètes.

Quelles sont les villes que vous citeriez en exemple?

Une ville exemplaire est certainement la ville de Delémont qui applique depuis de nombreuses années une politique énergétique ambitieuse et cohérente. Cette politique énergétique s’applique dans tous les domaines dans lesquels la ville a une marge de manœuvre: développement territorial et stratégie à long terme pour remplacer le gaz par des énergies renouvelables, Services industriels actifs et au service de la politique énergétique, communication et sensibilisation auprès de la population.

L’innovation a toujours été essentielle pour une PME, comment intégrez-vous cette notion au quotidien?

Les ingénieurs étant curieux de nature, la recherche de nouvelles solutions est inscrite dans leurs gènes. Cela se traduit par des prestations novatrices, par exemple, la réalisation d’un outil destiné aux entreprises électriques pour évaluer les effets du développement des énergies renouvelables sur leur réseau.