Grâce à une réglementation assouplie, le Conseil fédéral souhaiter créer un nouvel élan pour les startups de la fintech. Une mesure saluée par les acteurs de ce secteur qui doit faire face à une concurrence internationale acharnée.

Le 1er août dernier, la modification de l’ordonnance sur les banques (OB) est entrée en vigueur. Cette décision a des conséquences importantes pour les entreprises actives dans le domaine des nouvelles technologies financières. Très concrètement, la modification prévoit deux allégements. Le premier concerne l’acceptation de fonds à des fins d’exécution. Elle s’applique désormais seulement aux opérations exécutées dans un délai de 60 jours. Cette durée était de sept jours auparavant. Ensuite, un espace favorisant l’innovation a été créé. Dans la pratique, l’acceptation de dépôts du public jusqu’à un montant d’un million de francs suisses n’est plus considérée comme une activité commerciale et est désormais possible sans autorisation. Ainsi, les entreprises peuvent tester un modèle commercial avant de demander une autorisation.

Les promesses de la blockchain

Si la réglementation va favoriser l’émergence de nouvelles startups actives dans les fintechs, les principaux experts du secteur s’accordent sur un point, la Suisse doit se concentrer sur ses atouts pour se faire une place au soleil. L’un d’eux est la blockchain, cette technologie de stockage et de transmissions d’informations considérée comme transparente, sécurisée et indépendante. Dans sa dernière étude baptisée «Global FinTech Report 2017», le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers souligne l’importance future de cette technologie. Ainsi, 75% des prestataires financiers affirment vouloir utiliser la blockchain dans les trois prochaines années. Le rapport précise également que «conclure des partenariats avec les fintechs pour transformer les menaces en chances est devenu une nécessité. Sur le terrain, les banques et les assureurs suisses s’attachent avant tout à observer les fintechs et à conclure des partenariats. Ils sont 82 % à vouloir conclure davantage d’alliances ces trois à cinq prochaines années et plus de la moitié (59 %) à indiquer collaborer déjà avec des entreprises fintechs.»

Les atouts helvétiques

Il faut ajouter à cette réalité le fait que la Suisse est reconnue comme un centre financier et un pays d’innovation d’importance mondiale. Elle dispose donc des deux principaux piliers pour que le secteur fintech prospère. Dans le livre blanc «Shaping Switzerland’s digital future», le cabinet d’audit et de conseil KPMG souligne que notre pays dispose d’autres atouts de taille, au rang desquels figurent «la stabilité politique, la démocratie directe, les strictes dispositions relatives à la protection des données, la société moderne et technophile, la sécurité juridique, le système fiscal compétitif, la main-d’œuvre hautement qualifiée, les lois du travail flexibles, le niveau de vie élevé ainsi que les universités et activités de premier plan dans la recherche et le développement.»

Modules rentables

Sur le terrain, les initiatives concrètes se multiplient. A la fin de l’année dernière, SIX, l’exploitant de l’infrastructure du marché financier suisse, annonçait l’ouverture de son accélérateur dédié à ce type de startups sous l’égide de l’association F10 Incubator and Accelerator. La création d’une nouvelle association sous le nom de «Swiss Fintech Innovations» est également un pas déterminant. Cette structure met l’accent sur la fidélisation et l’encouragement de nouvelles entreprises et de spécialistes novateurs ainsi que sur la promotion d’une collaboration intensive et directe entre les secteurs d’activité économique et scientifique. Daniel Heinzmann, président de Swiss Fintech Innovations, précise: «La digitalisation va fortement marquer la branche financière. Un secteur fintech suisse fort et performant constituera donc un facteur décisif pour le développement ultérieur de la place financière et le maintien de son succès. Swiss Fintech Innovations fédère les forces qui soutiennent ce développement et entendent renforcer l’économie suisse.» Mais une question demeure: qui seront les gagnants de ces grandes mutations à venir dans le secteur fintech? Gilles Babinet, entrepreneur et auteur dans le digital, estime que «c’est d’abord l’expérience utilisateur qui va s’améliorer.» Et de conclure: «Le client bénéficiera de toutes ces avancées technologiques. Ces changements profonds ne feront cependant pas disparaître les banques.»

Vincent Pignon, CEO de
WeCan.Fund et président
de la Swiss Crowdfunding Association
Trois questions à Vincent Pignon, CEO de WeCan.Fund et président de la Swiss Crowdfunding Association

Comment se porte le secteur des fintechs en Suisse?

Vincent Pignon: Il se développe très bien et l’assouplissement de la réglementation pour les entreprises fintech va accélérer son émergence. Les grands domaines de spécialisation sur lesquels notre pays démontre des avantages concurrentiels à l’échelle mondiale sont soit liés aux activités leader comme le commodity trade finance, soit liés à des technologies émergentes comme la blockchain.

On annonçait la disruption du modèle bancaire classique, et il semble que l’on se dirige plutôt vers une alliance entre les startups fintechs et les banques, comment expliquer cette réalité?

Le contexte réglementaire suisse n’incite pas la disruption, mais plutôt à des modèles d’affaires de type B to B. En effet, il est aujourd’hui trop complexe d’avoir une licence bancaire et de pouvoir être compétitif face aux banques. Les barrières à l’entrée sont encore trop importantes et ne favorise pas l’innovation. Ce à quoi la nouvelle réglementation veut apporter des solutions. Il est aussi possible de constater que depuis plusieurs mois les premières opérations d’acquisition de fintechs par les banques visent à intégrer l’innovation plutôt que d’essayer de la susciter de manière incrémentale.

Quels sont les défis à venir du secteur suisse des fintechs?

La Suisse a des expertises reconnues à l’échelle mondiale et le plus grand défi sera de les conserver et de capitaliser sur la technologie pour les accroître. Pour donner un exemple, depuis cet automne, la plateforme SCCF by WeCan.Fund permet le financement de négoce de matières premières. Pour les investisseurs, il est désormais possible de choisir des opérations directement en fonction des matières premières, des pays et de bénéficier de rendements élevés à court terme. Un autre défi sera de permettre aux fintechs de rester en Suisse tout en poursuivant une croissance mondiale. Trop souvent, elles sont incitées à quitter la Suisse pour aller chercher des financements et se développer, ce qui ne favorise pas l’émergence d’un écosystème fort et durable. L’annonce de Johann Schneider-Ammann de créer la Swiss Entrepreneurs Foundation doté d’un demi-milliard de francs pour la croissance des start-up suisses vise à freiner cette exode.