Il aura fallu moins de dix ans à l’Empire du Milieu pour bâtir le plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse du monde. Une prouesse technologique qui cache évidemment de féroces stratégies économiques.

La Chine a rétréci. Ses frontières sont toujours au même endroit, mais en matière de mobilité, l’Empire du Milieu a fait un bond spectaculaire. Le but de cette expansion est de connecter les grandes villes que sont Shanghai, Pékin, Canton ou Shenzhen, aux plus petites localités situées dans la campagne. Plus petites à l’échelle chinoise. Yanji, par exemple, compte tout de même 545’000 habitants. Cette cité, peu connue sous nos latitudes, se situe à 1400 kilomètres de la capitale Pékin. Avant l’arrivée d’une ligne à grande vitesse, les voyageurs devaient patienter 25 heures avant d’apercevoir les contours de la Cité interdite ou de la Grande Muraille. Désormais, le trajet ne dure que neuf heures. Dès lors, depuis son ouverture, la gare de Yanji ne désemplit pas.

Record mondial

Et la China Railway Rolling (CRR) l’a annoncé, les réalisations ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. Le Fuxing, un train ultra-rapide, effectue sept voyages aller-retour par jour entre Pékin et Shanghai depuis le 21 septembre. A une vitesse de 350 km/h. Il s’agit tout simplement de l’un des trains les plus rapides au monde, réduisant le temps de déplacement entre les deux villes de 5,5 heures à 4,5 heures. Désireuse de concurrencer les rivaux japonais et allemands, la CRR a également signé un accord de coopération à Beijing le 21 août dernier pour approfondir les relations dans tous les maillons de la chaîne de l’industrie ferroviaire, de la recherche et du développement à la conception, la fabrication, l’installation, la maintenance et le financement.

Vaste chantier

Si aujourd’hui les lignes à grande vitesse font la fierté de tout le pays, il n’en était rien en 2008. Cette année-là, le vaste chantier de construction de lignes ferroviaires et la modernisation des gares sont lancés. Neuf ans plus tard, le réseau est le plus long du monde avec 22’000 kilomètres de rails. En 2016, pas moins de 1,4 milliard de passagers ont été transportés selon les chiffres publiés par la China Railway Corporation (CRC). La population utilise en nombre ce moyen de transport puisque 50% des trajets sont désormais effectués en train, désengorgeant quelque peu les centres des villes déjà asphyxiées. Fort de ce succès populaire, le gouvernement entend bien poursuivre dans cette direction. En effet, d’ici 2020, 8000 kilomètres de voies supplémentaires seront construits. Le but avoué est qu’en 2030, 80% des 100 principales villes chinoises soient raccordées au TGV.
Volonté stratégique
Derrière ce vaste plan, il n’y a pas uniquement le souhait de développer la mobilité par le rail. La volonté affichée est également de rééquilibrer la croissance sur l’ensemble du territoire. Car, ces dernières années, ce sont surtout Pékin, Shanghai, Shenzhen et Canton, qui ont bénéficié de la conjoncture favorable chinoise. Pour maintenir une stabilité politique, il s’agit de partager et donc de faire bénéficier les provinces des avancées économiques du pays. Mais aussi d’exporter le savoir-faire à l’international. Ainsi, les projets de TGV chinois se multiplient à l’étranger. En Thaïlande, une ligne à grande vitesse reliera bientôt Bangkok à Nakhon Ratchasima. La construction devrait commencer au début de l’année 2018. D’autres tronçons sont également à l’ordre du jour au Laos, au Mexique, au Brésil, mais aussi au Pérou. L’intention de la Chine est de viser l’Asie, mais aussi l’Afrique et l’Amérique latine. Avec comme intérêt premier d’y réaliser de belles opérations économiques…

La mort des voitures polluantes
L’annonce a fait l’effet d’une bombe. Entre 2030 et 2040, l’interdiction des véhicules à propulsion thermique sera prononcée en Chine. Cette dernière rejoint ainsi l’Inde, la Norvège, la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni qui ont également pris le pari d’éradiquer l’essence et le diesel à moyen terme. Cette décision du ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) est aussi stratégique. En effet, la sortie annoncée des Etats-Unis de la COP21 permet ainsi au géant chinois de s’affirmer comme l’un des leaders mondiaux de la transition énergétique. Au nez et à la barbe de Donald Trump. Pour les marques automobiles, cette transition vers l’électrique s’apparente à une formidable opportunité. En effet, en 2016, plus de 28 millions de véhicules neufs ont été vendus chez les concessionnaires chinois, soit le quart des ventes mondiales. Les industriels n’ont donc plus le choix, ils doivent s’engager sur la voie de l’électrique afin de répondre à cette future demande.