Depuis son élection au gouvernement vaudois en 2012, Nuria Gorrite a su imposer sa vision de la mobilité du futur. Après avoir endossé la présidence du Conseil d’Etat cet été, la magistrate nous dévoile ses dossiers prioritaires pour 2018.

Synergies: Vous occupez la présidence du Conseil d’Etat, en quoi votre quotidien est-il chamboulé?

Nuria Gorrite: Il y a encore un peu plus à faire! Ce qui change, c’est la nécessité de regarder de près les dossiers transversaux, et d’assurer de nombreuses représentations officielles. Mais je le fais avec plaisir et enthousiasme. C’est ce qui est attendu de la présidence.

On a l’impression que l’osmose règne au sein du gouvernement vaudois, une osmose qui tendrait presque vers un certain immobilisme, vous en êtes consciente?

Regardez ce qui se passe dans l’économie, la formation, la recherche, le sport, la culture: il est difficile de dire que le canton de Vaud est immobile. Il ne faut pas faire de confusion, l’absence de conflits au sein du collège exécutif est justement ce qui permet de faire des réformes et d’avancer rapidement! Les gouvernements immobiles, ce sont ceux qui consacrent toute leur énergie à des querelles internes. Nous pouvons nous réjouir de ne pas en faire partie.

Vous croyez donc toujours au pouvoir du consensus?

Evidemment! Pour qu’il y ait consensus, il doit y avoir compromis, ce qui veut dire que personne n’obtient entièrement gain de cause, mais que tout le monde peut faire passer une partie de ses idées. C’est parfois frustrant sur le court terme, mais dans le temps long, on n’a pas trouvé mieux.

Vous le savez, la transition numérique est un enjeu majeur de notre époque. Malheureusement, les administrations publiques suisses accusent un terrible retard en comparaison internationale, comment l’expliquez-vous?

Le fédéralisme a eu pour conséquence que le démarrage a été un peu plus lent. Il faut, en Suisse, toujours commencer par se demander qui fait quoi, qui pilote quelle politique, et surtout qui paie… Mais je crois que maintenant tout le monde a pris conscience de l’impérieuse nécessité d’accélérer le tempo.

Que faire pour accélérer le tempo justement?

Il faut profiter du fait que d’autres nous ont un peu devancés pour démarrer de manière plus intelligente. Certains pays ont introduit des identités électroniques qui n’étaient pas utilisées, parce qu’elles ne permettaient pas de faire grand-chose concrètement. Nous en tirons une leçon: il faut prioritairement informatiser des prestations concrètes, utiles et fréquemment utilisées, avant de lancer de grands programmes pompeux. Les rythmes doivent être adaptés aux utilisateurs. Dans le canton de Vaud, par exemple, nous avons avancé et continuerons à avancer rapidement sur la cyberadministration pour les entreprises. Pour les citoyens, nous privilégions une approche progressive, coordonnée avec les communes, les autres cantons et la Confédération, parce qu’il faut aussi tenir compte de la mobilité des gens. Il faut également faire très attention à ne laisser personne de côté. Des gens n’utiliseront jamais la cyberadministration. C’est un devoir pour l’Etat de continuer à l’offrir toutes ses prestations de manière traditionnelle pour ne pas créer un fossé numérique.

Léman 2030 fait partie de vos dossiers prioritaires, qu’est-ce qui changera pour les Romands?

L’objectif de base, c’était tout simplement de doubler la capacité ferroviaire entre Lausanne et Genève. Il sera réalisé. Cet axe, c’est l’épine dorsale de la Métropole lémanique. Pour ce faire, la gare de Lausanne sera entièrement rénovée et agrandie. Dans la même dynamique, de nombreuses autres améliorations se concrétisent. Par exemple, Lausanne sera le cœur d’un réseau régional vaudois performant, c’est-à-dire avec quatre trains par heure. Avec une telle fréquence, le train régional, le RER, devient quasiment un métro de l’agglomération, on ne regarde plus forcément l’horaire pour se déplacer. Cela sera le cas, dans un premier temps, entre Cully et Cossonay, mais des extensions seront envisageables. De Lausanne, on pourra enfin aller vers le Chablais et le Valais dans des trains à deux étages, on circulera vers Berne dans du matériel roulant neuf, on rejoindra la Broye plus régulièrement ou encore La Vallée de Joux sans changement: le canton va faire sa révolution ferroviaire. L’Ouest du canton, enfin, profitera aussi de la mise en service du Léman Express dès la fin des travaux du CEVA. Genève aura également son réseau régional d’agglomération comparable à un métro, ce qui est favorable au canton de Vaud.

Léman 2030 est un dossier prioritaire pour le canton de Vaud.

Quelles sont les autres priorités de votre mandat?

Faire coïncider la mutation numérique de l’économie, qui est en cours, avec une meilleure intégration de tous sur le marché du travail. Nous devons donc encourager l’innovation, mais aussi garantir un niveau de formation de la population suffisant pour répondre aux nouvelles exigences des entreprises. La cohésion sociale en dépend.
En tant que féministe, comment avez-vous vécu la campagne très dure menée à l’encontre d’Isabelle Moret lors de l’élection fédérale de cet automne?
Lors des campagnes pour le Conseil fédéral, il n’y a presque pas de limites. On le sait quand on s’y lance. Toutefois, les femmes doivent toujours faire face à plus de remises en question de leurs capacités, de leurs aptitudes que les hommes. Il faut que cela change.

Etre une femme en politique, cela change encore la donne?

Heureusement, les choses évoluent dans le bon sens. Mais oui, les standards restent différents, on demande aux femmes plus de preuves de compétence, et on leur accorde moins de droits à l’erreur.

Quand on est conseillère d’Etat, on est en permanence au front. Vous regrettez parfois le calme de vos années morgiennes?

Si j’aimais le calme, je ne ferais pas de politique. J’ai passé des années passionnantes à la Municipalité de Morges. J’ai la chance de pouvoir agir pour l’intérêt général, pour les gens, à un autre niveau aujourd’hui. J’en suis très heureuse.

De quoi rêve secrètement Nuria Gorrite?

Agir, en politique, signifie partir du rêve d’un monde meilleur pour agir concrètement.

Bio express
Née le 6 juillet 1970 à la Chaux-de-Fonds, Nuria Gorrite a suivi ses études à la Faculté des Lettres de l’Université de Lausanne. C’est à l’âge de 22 ans qu’elle se lance dans la politique locale. En 1993, elle est élue conseillère communale à Morges sur la liste du parti socialiste. Puis municipale en 2000 et syndique en 2008. En 2012, elle est élue au Conseil d’Etat vaudois où elle reprend le département des infrastructures et des ressources humaines. Cinq ans plus tard, elle est brillamment réélue.